
Pendant mes 2 années de fac’ à Bordeaux, je fréquentais un groupe de potes, certains étudiants et d’autres pas. On s’est rejoints un peu par hasard grâce au copain du cousin de la voisine qui avait le même chien que l’autre, celui que personne ne fréquentait parce qu’il n’aimait pas les Stones, ce plouc !
Bref, le hasard faisant bien les choses, on s’est découvert des goûts communs pour la musique, la fête sous toutes ses formes, le café et le tarot à 1 centime du point d’écart pendant les nuits blanches du vendredi soir. On y consommait les derniers 33 tours achetés dans la semaine en enfumant tout le quartier avec nos clopes du moment, Gitanes, Flash et autres Marlboro. Tu vois l’ambiance, les voisins nous adoraient !
Parmi tous ces fondus, il y avait un couple avec un bébé qui se marrait déjà des conneries de sa mère. Cette nana super gentille dont le prénom m’a échappé, avait le don de sortir des trucs ahurissant qui nous ont fait marrer pendant des mois. Exemple, elle nous parle de ce super groupe qui fait une super chanson avec de la guitare et tout, et tout, comment il s’appelle déjà ? Euuuuuh….. Ah si, Pink Ployo.
Pink Ployo ?!?!?! Quésaco ? Et on cherche tous dans nos mémoires respectives qui sont ces mecs. Elle finit par nous sortir le dernier « Best » ou « Rock’n’folk », je ne sais plus, avec un article écrit avec une police très psychédélique pas facile à lire, d’où son erreur, qui parlait d’un groupe, non moins psychédélique lui aussi, ayant écrit une chanson universellement connue sur l’argent. Et là , on a pleuré toute la soirée ! Elle nous vantait « Money » de Pink Floyd ! Chaque fois que j’écoute le Floyd, j’ai une pensée émue pour elle et son « Ployo », ça m’a marqué à vie.
Elle nous en a fait d’autres. Tu sais, la chanson de ce groupe qui parle d’un prince arabe…… ah oui « Dirstrait » (en français dans le texte !). Et nous, c’est qui ça ? On cherche jusqu’à ce qu’un d’entre nous ait la révélation : « Yeeees, c’est « Sultan of the Swing » de Dire Strait (D’ailleurs strette !) ».
Encore une autre ? A la demande générale, je vous la sers. Je lui ai fait croire que Ian Matthews avait une chanson qui parlait de culottes sur son album phare « Stealin’ home ». Et elle, super naïve : « Ah oui, laquelle ? » Ben, « Slip away » ma grande !
Il y en a eu certainement d’autres mais je ne m’en souviens plus, dommage…
Mais comme on l’aimait bien au village, on se relayait pour garder son môme dans la voiture quand on allait passer la nuit au « Pied », route du Cap-Ferret.
Le Pied ! C’est quoi ce truc encore ? C’était le rendez-vous de tous les noctambules détestant le Pacha ou le Macumba où l’on deversait sans vergogne de la variété et surtout du Disco « Poum Poum Poum Poum », POUAAAAAH !!! Comment pouvait-on écouter ces trucs ? Eh oui, le sectarisme existe aussi en goûts musicaux et moi, j’étais fier d’appartenir à la grande famille du Rock, ça faisait plus classe, quand même, quoi !
Au Pied se retrouvaient les amoureux de la bonne musique des 70’s. Celle des artistes et groupes qui commençaient à se faire connaître. C’étaient les débuts de Police, Dire Strait, Téléphone et Yves Simon avec son « J’ai rêvé NEW YORK ! » ainsi que plein d’autres qui sont devenus soit célèbres soit retombés aux oubliettes par forcément méritées parfois.
L’entrée libre et gratos donnait accès à un endroit pas tibulaire mais presque dans lequel se côtoyait un peu de tout, des mecs habillés en jean à trou (eh oui, déjà ) et d’autres venus s’encanailler et s’approvisionner en herbe fraiche dans les toilettes sommaires du lieu. Ce n’était que de l’herbe, je ne vois pas où est le problème. Les vaches en bouffent tous les jours et personne ne les traite de droguées, non ?
Le Coca ou la bière était à 5 francs. Tu pouvais les consommer éventuellement, si tu te trouvais une place libre, sur des banquettes certainement récupérées dans les trains de 3° classe du fin fond du Turkménistan Il en émergeait parfois un ressort, c’est vous dire le chic et pas cher de l’endroit.
Mais le but ultime de cette boite était de danser, si on peut dire, sur les dernières galettes dénichées par le maitre de céans. Il officiait derrière un grillage parfois salvateur sur 2 platines tourne-disque avec lesquelles il mettait une ambiance d’enfer t’obligeant à te remuer en permanence sur ce qui servait de piste de danse en faisant de l’Air Guitar.
On l’a tous fait un jour, comme concurrencer les bêtes de scène qu’étaient les Who. Tu faisait tour à tour Pete Townsend tapant ses énormes riffs en moulinant les bras et Keith Moon (RIP) le batteur le plus déjanté du XX° siècle, Roger Daltrey faisant mouliner son micro (avec fil) comme un dingue ou John Entwistle, le bassiste le plus flegmatique que je connaisse. Et ça en écoutant un morceau que je classe dans mon Top 10 à emmener sur une île : « WON’T GET FOOLED AGAIN ! »
« Le Pied » a fermé ses portes assez rapidement, la maréchaussée locale appréciant peu le commerce qui y était fait. Pas grave, le mal était fait, on était tous raide dingue de tous ces artistes que nous a fait découvrir cette boite. J’en garde un souvenir impérissable car j’y ai appris à aimer plusieurs styles, on ne peut pas mettre dans le même sac « Roxanne » de Police et « Carry on » de Crosby, Stills, Nash & Young, quand même.
Le Pied me manque parfois. Je ne suis absolument pas nostalgique du passé, mais sur ce coup là , C’ETAIT MIEUX AVANT !




